Ravenne de la Zona dantesca à la Zona del silenzio

Thomas Renard, Université de Nantes

L’histoire complexe de la zone située à Ravenne autour de la tombe de Dante Alighieri et de la basilique San Francesco s’est écrite au rythme des célébrations successives du poète. L’actuelle zona del silenzio est le fruit d’accumulation de projets avortés et de réalisations partielles qui ont fini par incarner symboliquement l’hommage rendu par l’Italie au poète national; c’est dans ce lieu qu’en septembre 2021 se clôture le septième centenaire de la mort de Dante Alighieri.Bien que parfois méprisée, l’histoire architecturale et urbaine de cette Ravenne ‘mineure’ — en comparaison de la célébrité mondiale et quelque peu étouffante des monuments paléochrétiens — a suscité régulièrement l’intérêt des chercheurs.

Il faut dire que la documentation abonde pour reconstruire cette histoire. L’intervention concomitante et parfois conflictuelle du pouvoir local et du pouvoir central tout comme des autorités civiles et religieuses peut être retracée dans di-verses sources archivistiques. Par ailleurs, le rôle fondamental joué par l’historien de l’art ravennate Corrado Ricci pendant près de quarante ans, et dans une moindre mesure celui de Gustavo Giovannoni au cours des années 1920, fournit une documentation copieuse et subjective grâce à leurs archives conservées auprès de la Biblioteca Classense et du Centro di Studi per la Storia dell’Architettura à Rome.

À partir d’une partie de ces sources archivistiques et de la bibliographie disponible, il s’agira dans cet article de relater la formation de la zona del silenzio depuis les commémorations du sixième centenaire de la naissance de Dante en 1865 jusqu’à son inauguration en 1936, tant dans les réalisations que dans les nombreux projets restés sur le papier. Lieu de mémoire intentionnel du Royaume d’Italie, la zona dantesca incarne à l’échelle urbaine, davantage que monumentale, “la connessione celebrativa che si aveva patriotticamente intenzione di instaurare tra culto della memoria letteraria, architettura e politica”.

Les pérégrinations des os de Dante

Dans la nuit du 13 au 14 septembre 1321, Dante Alighieri meurt en exil à Ravenne. Après des funérailles célébrées dans la basilique San Francesco, édifice remontant au Ve siècle et de-venue franciscaine depuis 1261, la dépouille mortuaire du poète est enfermée dans un sarcophage de pierre disposé dans le cimetière situé au nord de l’église en l’attente d’une tombe monumentale qui ne voit pas le jour4. En 1483, peu de temps après la construction de la chapelle de Bracciaforte, le sculpteur Pietro Lombardo réa-lise afin d’accueillir le sarcophage un petit édicule orné d’un bas-relief représentant le poète.Au début du XVIe siècle, la conservation des ossements de Dante devient un enjeu symbolique à l’échelle de la péninsule italienne. En 1519, le pape Léon X Médicis concède aux Florentins le transfert de la dépouille du poète.

Mais les moines franciscains anticipent la venue de la dé-légation florentine et transfèrent en secret les os du poète dans le monastère attenant. L’emploi du terme de “translation” (“translatare”) dans les échanges entre les membres de la Sacra Accade-mia Medicea et Léon X pour désigner le transfert de la dépouille de Dante suggère pour la première fois le statut quasi canonique attribué au poète, dimension religieuse du culte dantesque qui deviendra flagrante au moment de l’unification. Désormais relique, la dépouille du poète attire les convoitises et oppose pour long-temps Florence et Ravenne, respectivement lieu de naissance et dernier refuge du poète. Pourtant, les ossements cachés dans un mur et enfermés dans un nouveau cercueil de bois en 1677 sauront se faire oublier jusqu’au milieu du XIXe siècle.Ainsi, à la fin du XVIIIe siècle, la modeste tombe néoclassique construite par l’architecte ravennate Camillo Morigia sur commission du cardinal légat Valenti Gonzaga n’est en fait qu’un cénotaphe.

Les os sont à nouveau déplacés en 1810 par les Frères mineurs alors que les édits napoléoniens les contraignent à abandonner le monastère. Cachés cette fois-ci dans un mur reliant la chapelle de Bracciaforte à l’église, ils sont finalement redécouverts par hasard en 1865, et présentés au public dans un cercueil vitré durant les festivités du sixième centenaire de la naissance du poète. À cette occasion, les ossements sont déplacés à l’intérieur du petit temple de Morigia où ils sont encore aujourd’hui conservés, malgré de nouvelles tentatives de la ville de Florence de les récupérer en 1865 et 1921 et deux années passées sous terre en 1944–1945 pour les protéger des bombardements.

DOI: https://doi.org/10.13128/opus-13255

Read Full Text: https://oajournals.fupress.net/index.php/oi/article/view/13255

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