Stratégies résidentielles, construction de l’espace urbain et distinction sociale à Naples entre XIV e et le XVI e siècle

Monica Santangelo, Università degli Studi di Napoli Federico II

Dans la Canzona morale per lo malo stato di Napoli, Landulfo di Lamberto élabore entre la fin de 1389 et 1393 la perception collective de la désorientation de la ville après les graves défaites subies par les Anjou-Durazzo et l’occupation par les partisans de Louis II de Provence. La Canzona décrit la suspension du contrôle de l’espace urbain par les Seggi (littéralement “sièges”, ou sedili, consessus, piacze/plateæ, theatra, exedræ, porticus), provoquée par l’exode des familles nobles de la ville en réponse au «velato inganno» d’un certain «picciol barone», à la complicité des Otto delBuono Stato et de certains citoyens.

Le regard de Landulfo, qui ne fait pas partie des Seggi, par vient néanmoins à en saisir la fonction. C’est ainsi que les bâtiments des Seggi abandonnés, transformés par la prosopopée, pleurent l’abandon par leur « patrice », inaugurant la séquence des «dolorosi stuoli»: des « alti palasci » aux murs et aux « belli hedefice » de pierre, des femmes aux chevaliers, des nobles aux pauvres, aux animaux. Le lamento rappelle la mémoire des pratiques partagées par des familles appartenant aux Seggi : de manière négative il fait entrevoir l’importance du lien qui unit l’habitat à l’attachement de la no-blesse de la ville à ces dispositifs. Cette relation façonne la hiérarchie sociale et le contrôle de l’espace urbain, expérimentant des formes de représentation et d’exclusion politique qui seront formalisées au XVe siècle.

À Naples, à la fin du Moyen Âge, la manière dont les familles nobles donnent forme à leur habitat doit en effet se comprendre à partir du sens attribué à l’enracinement urbain et à le contrôle de l’espace par les familles éminentes au cours du processus qui donne lieu au système des cinq Seggi: Capuana, Nido, Montagna (avec Forcella), Portanova et Porto. Cette contribution présente quelques aperçus d’une recherche en cours sur le processus de distinction sociale qui engendre ce système, ainsi que quelques conclusions d’un ouvrage récent. Il s’agit de réfléchir à la question de l’enracinement et à l’utilisation de l’espace dans la formation de ce modèle, à savoir sur la relation entre la structuration de l’habitat, l’élaboration d’une identité aristocratique complexe et l’expérimentation institutionnelle.

  1. Le problème: distinction sociale, enracinement urbaine et utilisation de l’espace

Contrairement à ceux d’autres contextes du Moyen Âge tardif, les historiens des villes du Mezzogiorno continental ont généralement sous-estimé le lien entre les pratiques d’utilisation de l’espace urbain, de la distinction sociale et de la participation politique, et les thèmes de la mémoire et de l’imaginaire. Et ce pour trois raisons. En premier lieu, les très graves pertes documentaires; ensuite, le succès du paradigme républicain dans l’historiographie anglo-américaine, qui a privilégié l’Italie communale dans une généalogie de la “modernité” revisitée seulement récemment ; enfin, l’image de l’Italie du Sud comme un espace réfractaire à l’expérience communautaire, image façonnée par l’historiographie des “deux Italies”. De ce fait, la recherche n’a pas examiné les processus de distinction sociale qui ont mené à la formation des Segi, même s’il s’agit d’une série de phénomènes de longue durée à Naples et dans autres villes du Regnum Siciliae citra Pharum.

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