Towards a new narrative: from smart city to intelligent territory

Federico Diodato, University of Paris-Est, OCS Laboratory

On m’a assez reproché ces obsessions spatiales, et elles m’ont en eff et obsédé. Mais, à travers elles, je crois avoir découvert ce qu’au fond je cherchais : les rapports qu’il peut y avoir entre pouvoir et savoir. Dès lors qu’on peut analyser le savoir en termes de région, de domaine, d’implantation, de déplacement, de transfert, on peut saisir le processus par lequel le savoir fonctionne comme un pouvoir et en reconduit les eff ets (FOUCAUlt 1976, 77).

Dans les pages du premier numéro de la revue de géographie et géopolitique Hérodote, fondée par le géographe Yves Lacoste, Michel Foucault souligne la nécessité de spatialiser le rapport indissociable entre pouvoir et savoir afin de comprendre les mécanismes des dispositifs de contrôle.

Selon Foucault, le pouvoir s’impose à travers la maîtrise du savoir et le développement technique établit une relation directe entre informations et domination territoriale. En se référant au travail de Michel Foucault, le géographe Claude Raffestin remarquera dans les années 1980 que le territoire est réduit à son état d’information et enveloppé dans un réseau protéiforme. Ce réseau constitue le véritable instrument du pouvoir (Raffestin 2019).

Cinquante ans plus tard, les modèles smart constituent aujourd’hui les dispositifs capables de produire la connaissance nécessaire au service de la ville et du territoire, et « embarquent » les citoyens/utilisateurs/consommateurs dans une constante fuite en avant (MaRot 2021).

L’actualité de ces modèles a été rendue manifeste par la récente crise sanitaire, leur rôle est apparu comme indispensable pour faire face à la pandémie de Covid, mais il a aussi mis en évidence les inquiétudes concernant de dispositifs de plus en plus envahissants et caractérisés par une réduction du territoire à sa seule dimension informationnelle.Quelle est notre marge de manœuvre face au réseau dans lequel nous sommes « embarqués » ? Comment rendre lisibles les mécanismes de ces dispositifs ?

  1. L’environnement des informations

“Tout d’un coup, le cloud a beaucoup plus d’importance en ce moment”, déclare Michelle Peluso, directrice du marketing d’IBM (HaMill 2020), qui souligne comment l’utilisation croissante des services intelligents répond au besoin de plus en plus répandu d’organiser sa vie professionnelle et sociale depuis son domicile, projetées dans l’espace numérique. En transportant l’espace de travail et les relations sociales dans le cloud, le ‘nuage informatique’ qui permet le traitement et le stockage des données en réseau, la nouvelle ville post-Covid sera productive, rapide, smart et à l’abri de toute relation physique.

Cette stratégie d’entreprise, d’une part, continue le choix d’IBM, commencé en 2008 avec le projet « Smarter city », de changer son storytelling d’entreprise pour se présenter aux clients non plus comme un producteur de matériel informatique, mais comme un créateur et distributeur d’Intelligence Artificielle (IA) ; d’autre part, elle se concentre sur la relation que les technologies de l’information et de la communication (TIC) établissent avec le travail et le développement de la ville.Rassemblées sous le slogan « Let’s put smart to work », plusieurs vidéos promotionnelles montrent la grande variété de situations dans lesquelles les services techno-logiques peuvent être utilisés (BeeR 2018), notamment en ce qui concerne les bien-faits qu’ils peuvent apporter aux travailleurs.

Avantagées par la situation de crise, les entreprises TIC proposent les outils avec les-quels la ville sera structurée. Ce message n’est alors plus destiné à un cercle restreint d’utilisateurs, mais est ouvert à tous, à commencer par ceux dont l’espace de travail est devenu le domicile. Cette situation est présentée comme une phase de transition, dans laquelle les outils technologiques ont pour fonction de rassurer l’incertitude de l’avenir, afin de favoriser un retour sûr à une situation de normalité. Mais l’objectif de ces stratégies pourrait avoir des conséquences bien au-delà de la crise pandémique.

Dans un récent éditorial sur le site Intercept, Naomi Klein (2020) souligne le risque qu’il puisse naître une doctrine hi-tech qui ne considère pas simplement l’isolement physique causé par la crise sanitaire comme une nécessité pour sauver des vies, mais plutôt comme un véritable laboratoire pour expérimenter l’avenir d’une ville privée de toute relation physique :

appelez cela le ‘Screen New Deal’. Bien plus high-tech que tout ce que nous avons vu lors des catastrophes précédentes, le futur qui se dessine à toute vitesse, alors que les corps s’empilent encore, traite nos dernières semaines d’isolement physique non pas comme une nécessité douloureuse pour sauver des vies, mais comme un laboratoire vivant pour un futur sans contact permanent et très rentable…

DOI: https://doi.org/10.13128/sdt-13113

Read Full Text: https://oajournals.fupress.net/index.php/sdt/article/view/13113

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