Un éloge de Camaldoli pour Pierre le Goûteux

Cécile Caby, Sorbonne University

La Bibliothèque nationale de Rome conserve, sous la cote Vittorio Emmanuele 1447, un petit manuscrit contenant une description de l’ermitage de Camaldoli, caput ordinis de l’ordre camaldule, au nord du diocèse d’Arezzo, précédée de quelques lignes sur Romuald son fondateur (Romualdi origo), d’une dédicace et d’une brève préface. Bien que le texte ne comporte pas de titre, comme la plupart des œuvres médiévales, c’est par celui de sa principale section que nous le désignerons: Heremi descriptio.

Comme le déclare la dédicace ouvrant le codex (Fig. 1), l’œuvre fut composée par un certain Ludovicus Camaldulensis monacus puis fut offerte — mais dans un second temps — à Piero di Cosimo dei Medici, dit Pierre le Goûteux (1416–1469). Rédigée au milieu du XVe siècle — à une date que nous tenterons d’ailleurs de préciser — il s’agit d’un texte déroutant tant par sa forme littéraire que parce qu’il met en scène un grand nombre de traditions historiographiques et hagiographiques constitutives de l’identité camaldule, à une époque relativement précoce, pour laquelle nous ne conservons aucun texte de cette nature. En effet, contrairement à de nombreux autres ordres religieux médiévaux, l’ordre camaldule, qui se structure juridiquement à partir du XIIe siècle et se développe progressivement en Italie du centre et du nord, est longtemps resté indifférent, sinon à sa propre histoire, au moins à l’écriture de son histoire.

À l’exception de l’hagiographie de Romuald et de quelques initiatives locales, il faut attendre les effets redoublés et convergents des expérimentations discursives humanistes et des exigences identitaires du retour à l’observance pour voir naître, au cours du XVe siècle, les embryons d’une écriture historiographique camaldule qui ne s’épanouira réellement qu’à partir du XVIe siècle4 . Outre la valeur intrinsèque de cette Heremi descriptio au genre insolite, sa dédicace au chef de file d’une famille, dont le rôle dans la promotion de l’humanisme florentin n’a pas à être souligné et dont les liens avec l’ordre camaldule sont déterminants au milieu du XVe siècle, notamment en rapport avec la promotion du culte de Romuald et la domination florentine dans l’Arétin, lui confère un surplus de valeur pour l’historien5 . L’ensemble de ces motifs justifie amplement à mes yeux l’étude approfondie et l’édition qui font l’objet de ce petit livre. À l’origine et au cœur de l’enquête, se trouvent un codex et une œuvre à l’auteur évanescent dont il est nécessaire de rendre compte (chapitre 1), avant même d’entrer dans le vif de la lecture et de l’élucidation des détails de la description, en écho à un faisceau de textes et d’images (chapitre 2). Il sera alors possible de revenir sur le contexte politique et culturel de cette promotion insolite de l’ermitage de Camaldoli, notamment pour mettre en évidence le rôle des Médicis et de leur politique dans l’Arétin (chapitre 3).

Le dernier chapitre proposera enfin une première édition intégrale de l’œuvre et des commentaires qu’elle a suscités de la part de l’érudition moderne (chapitre 4). Nées il y a désormais plusieurs décennies de la lecture du texte qui en est le principal protagoniste, les recherches qui aboutissent dans ces pages ont suivi les méandres de mes pérégrinations académiques, qui en ont longtemps retardé la conclusion. Ma lecture n’a jamais cessé d’être enrichie par les questionnements rencontrés chemin faisant, au gré de divers projets pour la plupart collectifs: la construction des lieux sacrés et des lieux de vie monastique, grâce aux programmes promus par Michel Lauwers; les rapports entre pratiques humanistes et institution ecclésiale grâce aux enquêtes menées en collaboration avec Rosa Maria Dessì; les réseaux politiques et sociaux arétins et ceux de la réforme monastique dans le cadre des recherches qui ont conflué dans mon ouvrage sur la figure du moine humaniste Girolamo Aliotti; les régimes d’exemplarité des grands hommes, objet d’un programme coordonné avec Concetta Bianca, Élisabeth Crouzet Pavan et Clémence Revest. Au fil des années, tous ces champs de recherche, et d’autres encore, ont lentement convergé pour éclairer la lecture de la Heremi descriptio qui d’un modeste article, devenu impubliable en raison de sa longueur, s’est transformée en un livret, à l’image de son objet. Au cours de cette longue et lente gestation, j’ai bénéficié de nombreux conseils qui se sont ajoutés à ceux des collègues et amis déjà cités. Je tiens tout particulièrement à remercier Pierluigi Licciardello pour ses conseils de philologue et Elisabetta Guerrieri grâce à laquelle, à l’unique témoin du milieu du XVe siècle, sont venues s’ajouter deux copies modernes de la description.

DOI: 10.36253/978–88–5518–453–3

Read Full Text: https://fupress.com/catalogo/un-eloge-de-camaldoli-pour-pierre-le-gouteux/7114

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